Actu

Qui sommes-nous ?

Nous sommes des ex-employés de la société BlueComm, nous fûmes les petites mains d’une enquête sur l’« esprit d’entreprise » en Wallonie. Nous avons fait grève pour protester contre nos conditions de travail et une rémunération misérable. Et nous avons gagné. Flexblues est notre identité collective.

Ça c’était le passé, maintenant l’avenir est ouvert et d’autres combats se préparent.

Communiqué à l’occasion de la remise par la Ligue des droits de l’Homme du Prix Régine Orfinger-Karlin 2006 à Bob le Précaire

7 décembre 2006

Bob reçoit un prix alors que ses amies subissent la loi d’une précarisation toujours plus intrusive, aliénante, une précarisation qui explose la société en une myriade d’individus atomisés, détruits, à qui la seule perspective donnée est la survie. « Nos » industries polluent encore et toujours mais on nous propose de « choisir notre fournisseur d’énergie (verte) » comme si c’était ça le progrès ; le fait que certains choix n’ont de sens que quand ils sont collectifs est absolument ignoré. On nous dit que nous devons être les entrepreneures de nous-même, que nous devons nous rendre « employables ». Foutaises.

Le motif de notre colère, de celle-ci en tout cas, fut ce discours totalitaire sur « l’esprit d’entreprise » qui percole dans nos veines et menace d’atteindre nos centres nerveux, cet « esprit d’entreprise » que la fondation Free (notre ancien employeur-via-sous-traitant) est même payée par les pouvoirs public pour promouvoir, nouvelle religion qu’on enseignera même à l’école laïque. C’est la marchandisation de l’enseignement qui est l’avenir promis par tous nos gouvernants unanimes dans leur dévotion à l’idole absurde du « développement économique » : les mômes seront des « entrepreneurs » avant de savoir lire, avant de savoir réfléchir, avant de savoir aimer. C’est assez inquiétant.

Nous, les précaires, nous le savons, nous sommes bien plus créatifs et socialement utiles que les « jeunes entrepreneurs » qu’on cherche à nous imposer en modèles. Nous sommes plus créatifs malgré les échelles gratuites qu’on donne aux capitalistes pour monter encore plus vite vers les sommets de l’accumulation ; malgré les batons qu’on nous met par dizaines dans les pieds, dans les roues. Nous, les précaires, jonglons avec trois vie, faisons parfois trois jobs en même temps, sommes les utilités du système, l’huile dans les rouages, les petites mains partout sans quoi rien ne « fonctionnerait ». Nous sommes payés des clopinettes, malgré tout.

Notre société est surtout malade de son fric. Le principal enjeu est simplement de mieux le répartir, pas d’inventer mille nouvelles bêtises à vendre pour courir l’absurde poursuite d’une croissance, par principe, qui sera notre mort au rythme où c’est parti.

Aujourd’hui en Belgique, les sans-papiers croupissent en attendant le déblocage hypothétique de la conjoncture politique et reportent aux prochaines élections fédérales leur espoir légitime de voir leur situation prise en considération. Comment peut-on vivre aujourd’hui dans une grande ville sans avoir le moindre revenu ? La question n’est pas politiquement correcte et on n’y répond pas. Mystère. Pendant que Verhofstadt joue les VRP de Volkswagen (un pas en arrière, trois pas en avant), pendant que les puissants font semblant de s’indigner (ou peut-être de découvrir) qu’il est vraiment très embêtant de perdre son emploi, nous sommes nombreux à être simplement rayés des statistiques. Les militants du collectif sans ticket (CST) ont été condamné dans l’indifférence générale à de lourdes amendes, traitement répressif absolument inique pour un combat exemplaire. Et le silence politique a pesamment repris ses droits sur la question essentielle qu’ils posaient : comment peut-on vivre dignement sans avoir le droit de se déplacer ?

Cependant, nous ne nous arrêtons pas. Nous recréons des biens communs à l’époque où la doxa ne jure que par la propriété privée d’individus soi-disant « libres ». Nous, nous inventons ce que le mot liberté peut signifier d’autre que le droit d’avilir son prochain. Nous ouvrons des squats pour nous loger dans une société qui tolère toujours que le droit de chacun à avoir un toît soit purement virtuel. Nous faisons vivres des médias alternatifs. Nous voyageons à travers l’Europe, parlons toutes les langues. Nous roulons à vélo au milieu des auto-immobilistes englués les uns par les autres. Nous démontons la publicité et ses mécanismes pervers qui colonisent nos esprits. Nous écrivons des logiciels libres qui sont utilisés jusque dans les officines de l’Empire (mais nous serions des inutiles, des poids morts qu’il faut « activer » disent M. Vandenbroucke et ses amis). Nous sommes des chômeurs et nous n’en avons pas honte. Nous sommes des étudiants, des travailleurs temporaires, flexibles, corvéables. À force de nous entendre dire que nous sommes une classe dangereuse, même si nous n’en avons pas envie, nous allons finir par le devenir.

Bientôt, nous serons majoritaires. La condition de précarité est de plus en plus répandue, ici comme ailleurs. On parle de dizaines de pourcents d’entre les « citoyens » (mais ce mot a-t-il vraiment un sens quand la représentation politique tient plus de l’oligarchie héréditaire que de la délibération entre égaux). Sauf quelques gros détenteurs de capital et quelques rentiers du pouvoir, chacun d’entre nous doit aujourd’hui s’inquiéter pour son avenir. Les femmes, les jeunes, les migrants sont en première ligne.

Nous demandons la garantie de revenu, dont nous dépendons tellement pour créer, pour nous-même, pour nos proches et pour tous. Nous voulons la liberté d’échanger nos savoirs, nos biens, numériques ou non, nous voulons le droit à la mobilité, nous voulons des bus et des trains gratuits, la création de nouveaux services publics accessibles à tous.

Nous ne faisons que nous approprier ce qui nous revient de droit, nous redonnons sens au mot solidarité, qui n’est pas ce slogan dévoyé dans la bouche des crypto-partisans du capital, nous ouvrons des brèches dans un horizon bouché.

signé : Bob la précaire et ses amies

Ce texte est en copyleft

Vous pouvez aussi écouter la conférence de presse organisée par la Ligue des droits de l’homme ainsi que le dossier de presse :

MP3 - 24 Mo
Enregistrement de la conférence de presse du 7 décembre 2006, au musée de la Résistance.
PDF - 367.6 ko
Le dossier de presse

Lire aussi :

propulsé par spip | hébergé par alterezo | interface d'administration
Dernière mise à jour du site : 16 mai 2008